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La bombe à retardement sanitaire des encres de tatouage... définitif

En France, une personne sur cinq est tatouée. Si les adeptes prônent avec cet acte – parfois douloureux – une quête esthétique et identitaire, les scientifiques sont beaucoup plus circonspects et évoquent des risques non négligeables à court et potentiellement long terme.


«Un macchiato, s’il vous plaît»… Costume impeccable, chaussure de marque, le quinquagénaire qui passe commande sur cette terrasse d’un bistro sélect du XVIe arrondissement de Paris a les phalanges tatouées avec des chiffres romains. Quelques tables plus loin, une jeune fille d’une vingtaine d’années au pull décolleté arbore une petite plume sur le haut du dos. A sa droite, cheveux relevés, une amie lui montre fièrement un petit soleil vert niché derrière son oreille.


En une petite dizaine d’années, le tatouage, jadis réservé aux écorchés vifs et aux durs à cuire, s’est démocratisé, au point de s’imposer comme un accessoire de mode transgénérationnel. En France, 7 millions de personnes ont déjà succombé à l’épidémie des aiguilles. En Italie, en Suède et aux Etats-Unis, c’est même la moitié de la population qui arbore un tatouage! Une déferlante qui pourrait bien avoir des conséquences sanitaires désastreuses.


«C’est plutôt drôle de constater que les tatouages sont arrivés dans un contexte où les gens s’intéressent à ce qu’ils mangent, à l’air qu’ils respirent ou aux crèmes qu’ils s’appliquent sans s’interroger sur ce qu’ils s’inoculent à vie sous leur peau», constate Vincent Balter, chercheur CNRS à l’ENS de Lyon. Il y aurait pourtant de quoi! «Les pigments des encres de tatouage sont les mêmes que ceux utilisés dans les teintures de textiles, les encres des imprimantes et même des peintures automobiles.»


Résultat ? Des risques allergiques qui concernent 6 à 8% des tatoués. En cas de sensibilité aux pigments, la peau démange, gonfle et peut même se couvrir de disgracieuses papules. «Ces manifestations peuvent survenir de quelques jours à vingt ans après le tatouage, explique le professeur Martine Bagot, dermatologue à l’hôpital Saint-Louis, à Paris. On a pu constater qu’elles étaient surtout liées aux couleurs rouge, rose, orangée et jaune. L’exposition au soleil peut être un facteur déclenchant.» Bien que spectaculaire, l’intolérance aux pigments n’est néanmoins pas le problème le plus grave lié aux tatouages. Du moins sur le long terme.


En 2017, en étudiant le devenir des encres dans l’organisme, une équipe de chercheurs franco-allemande a pu constater que les pigments ne restaient pas sagement sous la peau mais voyageaient, en permanence, du derme vers les ganglions. Les chercheurs s’interrogent ainsi sur l’impact d’une possible inflammation chronique des ganglions liés au dépôt des pigments. Or, la lymphe et a fortiori les ganglions interagissent avec l’ensemble du système immunitaire.


Le pistage au rayon X des pigments a permis une autre découverte stupéfiante: les composants et notamment le dioxyde de titane, une substance cancérogène interdite dans l’alimentation, migrent sous forme de nanoparticules. Autrement dit, à une taille inférieure à celle des virus et des bactéries. «Avec de telles dimensions, rien ne garantit qu’elles restent dans les ganglions. Elles peuvent très bien coloniser d’autres cellules du corps ou des organes comme le foie, par exemple», explique Milena Foerster, épidémiologiste au Circ (Centre international de recherche sur le cancer) de l’OMS.


En 2022, l’Union européenne a décidé de mettre un grand coup de balai dans la palette des artistes. 27 pigments ont été interdits et 4.000 substances chimiques ne peuvent désormais être utilisées qu’en proportions réduites. Motif, ont estimé les membres de la commission: «Plusieurs produits peuvent être cancérigènes, entraîner des mutations génétiques, affecter les capacités reproductrices, causer des allergies cutanées ou d’autres effets nocifs pour la santé.» «Il était temps, à chaque fois que je regarde la composition des encres, j’ai un coup de chaud, souligne Vincent Balter. On retrouve des métaux lourds: arsenic, plomb, cadmium, nickel, chrome… Mais aussi des composés aromatiques cancérogènes comme le dichlorobenzène, l’éthanol… Même en concentration limitée, chacune de ces substances présente un inquiétant degré de toxicité. Quid de l’effet cocktail, une fois qu’elles se mélangent entre elles?»


Mais depuis l’arrivée de la directive européenne, les tatoueurs grincent des dents. En effet, selon leur syndicat national, les nouvelles encres ne semblent pas plus sûres. «Les premières complications ou cicatrisations non satisfaisantes commencent à apparaître.» Quant au rendu final, il serait plus terne, moins homogène. La moitié des professionnels choisissent donc de travailler avec des stocks antérieurs à 2022 ou non conformes. Histoire d’éviter la mauvaise publicité, rien ne filtre. Mais beaucoup de tatoueurs craignent une recrudescence des ateliers clandestins, qui sont déjà plus de 10.000 en France! Or, quand les tatouages se déroulent dans des cuisines ou des garages avec des gens pas forcément formés, la probabilité de développer une infection – comme hépatites, staphylocoques, streptocoques… – augmente.


Dans quelques mois, Milena Foerster conduira en France et en Allemagne deux études sur le risque de cancer des reins, de la vessie, du foie et particulièrement de la lymphe chez les personnes tatouées. «Nous suivrons 30.000 personnes tatouées et 90.000 non tatouées. Nous utiliserons les données des cohortes nationales – Constances pour la France et Nako pour l’Allemagne. Ces cohortes sont de puissants outils de recherche scientifique qui permettent d’étudier une population sur le long terme.» L’étude est d’ailleurs prévue sur… vingt ans! «C’est le temps nécessaire pour observer le développement de maladies. Un premier point sera fait d’ici trois ans, souligne-t-elle. Nos résultats permettront, à terme, de pouvoir informer les candidats au tatouage des risques qu’ils courent, comme on le fait aujourd’hui pour le tabac et l’alcool. Nous ferons certainement un focus sur les populations fragiles comme les femmes enceintes, les personnes allergiques, les enfants, les adolescents…»

En attendant les premiers résultats, la chercheuse de l’OMS est formelle: mieux vaut éviter l’ablation au laser si le tatouage ne convient plus. «La technique va remobiliser tous les pigments et générer un relargage massif de substances toxiques dans l’organisme.» De quoi y réfléchir à deux fois avant de passer sous l’aiguille…


Les pigments bio n’existent pas !


Pour attirer la clientèle, de plus en plus de tatoueurs clandestins misent sur la carte du végétal ou du végan. Des mentions qui jouent surtout sur le marketing: les encres qui contiennent un ingrédient d’origine animale sont extrêmement rares. L'immense majorité des tatoueurs professionnels utilise donc des encres qui sont de fait «cruelty free» (sans cruauté). Quant à l’appellation «bio», elle est tout aussi frauduleuse, «au regard des milliers d’ingrédients chimiques et toxiques qui composent ces produits», note Vincent Balter, chercheur au CNRS. Le label Reach, en revanche, tend à prouver que le fabricant a respecté la réglementation européenne.


La profession de tatoueur encore mal encadrée

  • 100 à 250 euros le prix moyen d'un tatouage

  • 100 à 250 tatoueurs se partagent le marché français

  • 15 000 en France

Source : Syndicat national des artistes tatoueurs




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